L’Ipad n’est pas le meilleur baby-sitter !

Publié le 5 avril 2017

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Léonard Vannetzel, psychologue spécialiste des troubles de comportement chez l’enfant, est venu à Niort donner une conférence à l’invitation de la MAIF.

Agités, impulsifs, incapables de se concentrer. Beaucoup de parents s’avouent dépassés par leurs enfants et les enseignants sont à la peine face à des troubles du comportement dont on dit qu’ils se multiplient. Lundi soir, à l’invitation de la MAIF, le psychologue Léonard Vannetzel, spécialiste du sujet, donnait une conférence à Niort.

Comment expliquer qu’il y ait de plus en plus de troubles du comportement chez les enfants ?

Léonard Vannetzel. « Les enfants violents qui explosent, ou simplement agités, ne datent pas d’hier, mais la façon de les regarder est différente. Il y a bien sûr des enfants atteints de graves maladies, mais c’est aussi parce que notre époque porte un regard différent que les troubles paraissent se multiplier. Il y a 50 ans, on voyait au cinéma " La Guerre des Boutons " et on ne parlait pas de trouble du comportement. Aujourd’hui, à l’école, un enfant sur deux est étiqueté : atteint de trouble du comportement, atteint de trouble dys, surdoué, etc. C’est récent. Le risque, c’est que les comportements se cristallisent et s’enkystent parce qu’on les regarde d’une certaine façon. »

Vous soulignez une tendance à médicaliser la question. Que voulez-vous dire ?

« Avant, le maître d’école, en cas de problème de comportement, convoquait les parents et recadrait les choses. Aujourd’hui, on va voir un spécialiste, comme un orthophoniste. Je ne veux pas dire que l’orthophoniste ne sert à rien, bien sûr, mais dès qu’on sort du comportement tout-venant, on médicalise : ce qu’on tolère, ce qui est la norme, varie avec les époques. »

Quel message faire passer aux parents ?

« Le premier : à tout prix, regardez le verre à moitié plein. Même si c’est très compliqué, il faut positiver devant son enfant. Le second : osez penser par vous-mêmes. C’est difficile à faire quand un enfant sort de ses gonds mais n’allez pas chercher la solution sur Google. Evitez aussi de réagir sur le moment, attendez des résultats sur la durée. Enfin, gare aux écrans : l’Ipad n’est pas le meilleur des baby-sitters. »

Y a-t-il un lien avéré entre consommation des écrans et troubles de l’enfant ?

« Des liens notables sont établis entre consommation d’écrans et difficultés d’attention, de motricité et un niveau cognitif plus faible. Ce qui est normal : devant un écran, vous bougez moins, vous parlez moins, vous êtes moins en interaction. Il ne s’agit pas de diaboliser les écrans : ce sont de nouveaux outils pour faire passer des messages, mais il existe une corrélation entre la consommation d’écrans et le contrôle moindre que vous exercez sur votre esprit. »

La tendance à en consommer n’est pourtant pas près de s’inverser. Faut-il être pessimiste ?

« Je ne suis ni technophobe ni technophile. Quand le livre imprimé est apparu, certains ont eu peur qu’il fasse perdre la mémoire. On peut penser que comme pour le livre, la consommation d’écrans va se réguler d’elle-même avec le temps. Même si le phénomène est aujourd’hui massif et hypermondial. »

nr.niort@nrco.fr

Propos recueillis par Yves Revert