Le Haut Potentiel Intellectuel : une vraie fausse pathologie à la française !
ou comment un ensemble de neuromythes sont en passe d’être déconstruits

Une histoire vraie…
-  Le psychologue : Allo ?
-  Une maman : Bonjour, je vous appelle pour prendre un rendez-vous afin de faire passer un bilan à mon fils. Je m’inquiète beaucoup pour lui. Je pense qu’il est autiste ou HPI.
-  Le psychologue : (silence) d’accord. Quel âge à votre fils ?
-  La maman : 3 mois…

Cette anecdote, invraisemblable et pourtant bien réelle, illustre à merveille l’étrange phénomène qui accompagne depuis quelques années l’épineuse question du HPI en France et dans certains pays francophones limitrophes : quel embarras d’être précoce ! Quel drame toute cette intelligence ! Quelle angoisse d’avoir un enfant HPI… Vite, anticipons le pire et consultons des spécialistes qui limiteront peut-être la casse dans un futur proche et certainement sombre…

Il plane, sur cette question, l’ombre d’une tragédie identitaire, le parfum d’un destin malheureux, la crainte d’une fatalité à anticiper car, comme chacun sait, il est préférable de ne pas être trop intelligent pour être heureux.

En appui de cette mélodie anxiogène, on avance, sans rire - et surtout sans aucune donnée scientifique à l’appui - des chiffres impressionnants et des idées spectaculaires que nos médias relayent souvent avec le plaisir non réfréné du sensationnalisme qui capte l’audimat :
-  30%, voire 50 % ou même 70% des enfants précoces sont en échec scolaire,
-  le risque d’isolement social et de dépression les guette,
-  ils sont plus anxieux que les autres et ont plus de troubles attentionnels,
-  ils souffrent d’une « vulnérabilité » particulière de l’amygdale qui les rend émotionnellement instables (si , si puisqu’on vous le dit à la télé),
-  leur pensée « en arborescence » (dont personne ne connaît la définition) ferait d’eux des handicapés face aux méthodes classiques d’enseignement.,

Ils méritent donc d’être rangés aux côtés d’autres enfants à besoins spécifiques (enfants dyslexiques, avec retard mental, avec trouble de l’attention, etc.) dans les directives du Ministère de l’Education nationale.
Ça, d’ailleurs, c’est fait. Quand on pense HPI, en France, on est à la limite du handicap, des aménagements pédagogiques, de la pathologie, du trouble, etc.

Et maintenant ? Osera-t-on regarder hors de nos frontières pour tenir compte de ce qu’en pensent les autres pays ? Se rendra-t-on compte de l’isolement de la position française, championne du monde inégalée en pathologisation de l’intelligence ?

Sur la scène internationale, nous sommes seuls à associer la précocité intellectuelle à un problème. Les données scientifiques et les programmes internationaux indiquent plutôt l’inverse ou, pour le moins, ne pointent aucune différence négative avec les enfants non-HPI, sinon qu’ils sont globalement plus doués que la moyenne des enfants.

Aux USA, en Australie, en Iran, en Israël, en Russie, partout dans le monde, la précocité n’est nullement embarrassante mais constitue plutôt une chance individuelle, une promesse sociale qu’il faut cultiver efficacement pour accompagner les potentiels et les talents vers leur aboutissement : une promesse en devenir pour la société de demain…

Mais non, en France, irréductible village gaulois, on « pathologise », on s’inquiète, on consulte des spécialistes éclairés pour établir des « diagnostics », identifier d’éventuelles « comorbidités », décider de thérapies ou de prises en charge, faire de la prévention…

L’absurde est devenu la norme et a conduit, ces dernières années, à des conséquences paroxystiques sur le terrain.

Mais depuis quelques mois, la logique réclame son droit.

Ainsi, coup sur coup, en février puis en avril 2017, deux articles scientifiques particulièrement bien documentés et étayés ont fait l’effet de bombes épistémologiques, produisant, sur la toile, des ondes de choc sans précédent depuis plusieurs années :

Ramus & Gauvrit dans La Recherche
http://www.scilogs.fr/ramus-meninges/la-pseudoscience-des-surdoues/

Guénolé & Baleyte dans la Revue de Neuropsychologie
https://www.cairn.info/revue-de-neuropsychologie-2017-1-p-19.htm

Que les lecteurs s’y attardent un moment. Qu’ils prennent connaissance des faits. Qu’ils interrogent l’étonnante position française et in fine – s’ils l’osent – qu’ils tentent de (re)penser cette question à partir des savoirs et non des croyances.

Pour conclure, on ne le répètera jamais assez : oui, on peut être très talentueux, hyperdoué, génial même et avoir des problèmes, des inquiétudes, des maladies ou des pathologies mentales. C’est possible…

Mais lier, dans des raisonnements de corrélation, voire de causalité, la précocité, à un ensemble de spécificités mentales, de problèmes psychologiques, de drames scolaires ou de souffrance sociale constitue, en l’état des connaissances, au mieux, un biais de jugement..

Depuis bientôt trente ans, ANAE Revue et ANAE Formations s’efforcent d’accompagner l’évolution des idées vers le mieux-être des familles et des professionnels concernés avec une rigueur et une éthique conceptuelles avec lesquelles nous ne négocierons jamais.

Dans le domaine du HPI tel qu’il va actuellement, il est urgent d’avancer collectivement dans cette voie : cultivons les potentiels, recherchons avant tout et systématiquement les forces de nos enfants, leurs ressources, les leviers de développement, les points positifs, cultivons une philosophie du verre à moitié plein !

C’est notre optique à ANAE. Et nous vous réservons d’ailleurs, dans nos formations et prochainement dans un numéro spécial de la revue, bien des surprises, à Haut Potentiel bien sûr…

Léonard Vannetzel, psychologue, rédacteur en chef adjoint revue ANAE, responsable ANAE Formations