Fonctions exécutives, métacognition et comportement
Comment aider les enfants à gérer leurs émotions et leur impulsivité dès le plus jeune âge ?

A l’interface des fonctions exécutives et de la cognition socio-émotionnelle, nous assistons actuellement à une convergence particulièrement prometteuse de la recherche et de la clinique pour mieux appréhender les difficultés et troubles comportementaux de l’enfant.

Au quotidien, dans les consultations cliniques, des parents ou des enseignants se disent parfois désemparés face aux difficultés de leurs jeunes enfants/élèves qui impactent le quotidien familial ou scolaire… « il ne sait pas attendre son tour pour parler », « il touche à tout dans les magasins », « il fait des crises quand il n’obtient pas ce qu’il veut », etc.
Ce type de problème peut aujourd’hui profiter des récents progrès des sciences psychologiques dans le domaine des fonctions exécutives. En effet, plusieurs recherches réalisées ces dernières années, notamment à l’Université de Louvain en Belgique (UCL), ont permis de mettre en place différents programmes d’accompagnement ou de prévention pour remédier à ces difficultés du quotidien (Houssa & Nader-Grosbois, 2016 ; Volckaert & Noêl, 2015).

Afin d’aider les enfants à autogérer leurs émotions et leur agitation, ces recherches incluent diverses tâches ludiques impliquant la métacognition (penser ses propres pensées et actions) : en groupe ou en situation individuelle, avec une méthodologie rigoureuse, les enfants découvrent et se familiarisent avec différents personnages qui doivent les « accompagner » dans les apprentissages. Par exemple, le gendarme apprend à s’arrêter, à réfléchir et puis à agir et enfin à répondre. Une petite chanson est associée à ce personnage : « Stop : je réfléchis et puis j’agis ». Dans différents jeux où les enfants ne doivent pas répondre trop vite et doivent inhiber une réponse dominante, il est rappelé aux enfants d’utiliser leur gendarme. De même, la statue invite les enfants à rester calmes lors des exercices impliquant le contrôle moteur. Ce personnage permet aux enfants à prendre conscience des parties du corps qui ont le plus tendance à bouger. Enfin, le détective permet aux enfants de vérifier leurs productions et se corriger si nécessaire

Globalement, on constate que la répétition et la variation de ces activités permet progressivement aux enfants d’apprendre à réguler leur propre comportement. La recherche montre en effet qu’après quelques séances d’activités, les enfants présentent significativement moins de comportements d’agitation et d’inattention, ce qui est confirmé par ailleurs par les enseignants qui observent que les enfants ayant bénéficié de l’intervention sont plus attentifs après cet apprentissage. De même, dans une situation d’observation, on note une diminution des comportements agressifs chez les enfants qui ont reçu l’intervention. Les parents d’enfants dits « difficiles » notent en outre un changement chez leurs enfants : ceux-ci sont moins impulsifs et moins hyperactifs (questionnaire Conners).

Un autre effet bénéfique de la stimulation de la gestion des émotions sur les compétences sociales et émotionnelles, a aussi été mis en évidence sur la régulation émotionnelle ainsi que les problèmes de comportement puisque plus de 75% des parents des enfants les perçoivent comme régulant mieux leurs émotions (Houssa & Nader-Grosbois, 2016). De même, plus de 75% des parents décrivent leur enfant comme manifestant moins de problèmes de comportements après avoir bénéficié de la stimulation des compétences sociales et émotionnelles.

Au vu de ces résultats très prometteurs, tant avec les enfants en difficulté qu’avec les enfants « typiques », il serait certainement pertinent d’intégrer ce type de stimulation dès les classes de maternelles. C’est dès lors l’objectif du projet INEMO Kidschool, financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles et en collaboration avec l’UCL qui permettra dès septembre 2018 d’agir en prévention dans les écoles belges.

Alexandra Volckaert & Marine Houssa