Montessori validée par les neurosciences ?
du rêve scientifique à l’espoir éducatif

Publié le : 21 janvier 2019

Ces dernières années, les médias grand public ont accompagné un souffle d’insatisfaction envers le système scolaire « classique » en présentant souvent la pédagogie Montessori comme une solution miracle.

Parallèlement, le préfixe « neuro » est devenu à la mode comme s’il s’agissait d’un argument de valorisation scientifique imparable, presque un label : « vu dans le cerveau » (1).
C’est ainsi que Montessori et les neurosciences (ou l’idée que le grand public en a) se sont trouvés associées.

Alors, peut-on donc dire que les neurosciences valident Montessori ?

Avant tout, une réponse brève : non.

Deux arguments à l’appui :

-  premièrement, les neurosciences ne permettent pas, en elles-mêmes, de valider une méthode ou une technique – a fortiori en sciences de l’éducation. L’idée que les neurosciences « valident » ou « invalident » est généralement une illusion, parfois un effet de mode, souvent un argument marketing.
Les neurosciences (ne) sont, en effet, (qu’)une branche de la psychologie scientifique dont les résultats doivent être croisés avec ceux d’autres disciplines comme la psychologie cognitive, la psychologie expérimentale, la psychométrie, etc.
Les neurosciences ne sont donc pas, en tant que telles, en mesure de valider quoi que ce soit.

-  ensuite, la pédagogie Montessori n’est peut-être pas à même d’être validée à proprement parler.
Elle peut être étudiée, analysée, faire l’objet de suivis longitudinaux, d’expériences variées mais les sources de biais sont si nombreuses et si complexes à éviter (2) qu’il est peut-être illusoire – jusqu’à preuve du contraire - de chercher à valider Montessori de manière absolue avec une étude randomisée comparant un très large échantillon d’enfants comparables exposés, ou non, à l’éducation Montessori.
D’autant qu’il faut, pour valider quelque chose scientifiquement, répliquer plusieurs fois l’expérimentation.
C’est une des difficultés majeures en sciences de l’éducation. Une expérimentation à grande échelle serait souhaitable mais extrêmement délicate, coûteuse et longue.

Faut-il pour autant renoncer à mesurer les bienfaits de cette proposition éducative ? Montessori doit-elle être délaissée par les sciences ou les réformes pédagogiques parce qu’extrêmement complexe à évaluer de façon robuste ?

A nouveau, une réponse brève : non, surtout pas.

Les arguments scientifiques en faveur de la pertinence de la pédagogie Montessori foisonnent (3). La publication récente de l’ouvrage du Professeur Angeline Lillard en langue française (4) (Montessori : the Science behind the Genius, sous le titre Montessori, une révolution pédagogique soutenue par la science, DDB) constitue une source incontournable en la matière. 

Ce livre de 700 pages dresse un tableau exhaustif et organisé d’un état des connaissances sur ce sujet.

La conclusion de ce travail colossal est assez simple : oui, Maria Montessori avait, avec une modernité remarquable, formalisé un ensemble de convictions révolutionnaires dont les sciences psychologiques ont depuis confirmé le bien fondé et la pertinence.

Ainsi peut-on citer, entre autres :

-  La compréhension de l’importance des fonctions préfrontales, de l’attention et de la concentration,
-  L’importance du mouvement pour l’apprentissage et le développement cognitif global
-  L’importance du « sentiment de contrôle de sa vie » pour la qualité de l’apprentissage
-  L’intérêt d’apprendre de et avec ses pairs
-  L’importance de l’intérêt de l’enfant, de son implication et de sa motivation
-  L’importance du cadre et de l’ordre extérieur pour la construction intérieure
-  La nécessité de l’apprentissage concret dans un contexte porteur de sens pour l’apprenant
-  L’importance primordiale de la qualité de la relation avec l’éducateur
-  L’évitement des récompenses extrinsèques

Il apparaît donc clairement que la pédagogie Montessori s’avère :

1. Révolutionnaire à l’aune des systèmes éducatifs classiques encore basés sur les principes du taylorisme et du behaviorisme,
2. En remarquable adéquation avec les apports de la psychologie scientifique depuis près d’un siècle,
3. Bénéfique et même souhaitable pour le développement des apprentissages et des esprits.

Ainsi, au-delà des effets de mode, des neuromythes, des croyances et des arguments marketing, nous osons espérer qu’il sera un jour possible de penser une intégration de cette vision du développement de l’humain appuyée sur les apports les plus aboutis de la psychologie scientifique.

Et c’est peut-être le véritable enjeu d’une réforme en profondeur, non pas uniquement de l’école et des apprentissages scolaires mais aussi, de manière plus large, du développement de l’espèce humaine.

C’est, en tout cas, ce que pensait Maria Montessori qui considérait l’Enfant comme le Père de l’Homme et chaque enfant comme un nouvel espoir pour l’Humanité.

Charlotte Poussin & Léonard Vannetzel

(1) : Pour une revue détaillée et critique, voir Gentaz 2018, ANAE n°154.
(2) : liés à la qualité de la mise en place de la pédagogie Montessori en lien avec la formation des enseignants, la personnalité de l’enseignant et à l’effet-maître, à l’homogénéité de l’échantillonnage des groupes tests et des groupes témoins, aux profils psychologiques et sociaux-économiques des enfants suivis et de leurs familles, aux zones géographiques et culturelles, etc
(3) : Houdé, O. (2018). L’école du cerveau : De Montessori, Freinet et Piaget aux sciences cognitives. Mardaga.
(4) : APA (6th ed.) Lillard, A. S. (2005). Montessori : The science behind the genius. New York : Oxford University Press. Chicago (Author-Date, 15th ed.)